Pas de routine d’écriture, pas de discipline — juste l’attente du bon moment, de la bonne humeur ou de l’envie qui surgit d’un coup.
J’attendais qu’une histoire soit suffisamment mûre dans ma tête avant de la poser sur le papier. J’attendais d’avoir deux heures devant moi — parce qu’écrire vingt minutes, ça ne compte pas vraiment, non ?
Résultat : je n’écrivais pas.
Ou si peu, des bribes, des débuts de chapitres abandonnés, des idées notées sur mon téléphone à 23h, jamais relues. J’avais des histoires plein la tête — et des pages griffonnées qui ne menaient nulle part.
Le problème, ce n’était pas le manque d’inspiration, c’était que j’avais fait de l’inspiration une condition, une sorte de feu vert que j’espérais sans savoir s’il allait s’allumer.
Le jour où j’ai compris ça, tout a changé. Pas du jour au lendemain — rien ne change vraiment du jour au lendemain, mais progressivement.
J’ai édifié quelque chose d’inédit pour moi : une routine d’écriture, régulière, imparfaite sans doute, mais infiniment plus productive que toutes mes années de procrastination.
Dans cet article, je vous raconte comment j’en suis arrivée là — et ce que ça a changé, concrètement.
L’inspiration, ce mensonge qu’on raconte aux auteurs
L’inspiration, on nous l’a vendue comme venant tel un éclair. Quelque chose qui surgit de nulle part, qui vous traverse et qui dit : « C’est le moment, écris maintenant. »

C’est une belle image mais c’est un piège redoutable.
Parce que tant qu’on attend cet éclair, on ne fait rien. On relit ses notes, on réarrange son bureau, on ouvre un document, on le referme. On se dit que ce n’est pas le bon jour — que demain, peut-être, ce sera le bon jour.
D’où vient ce mythe ? En partie de la façon dont on parle des grands artistes. On raconte que les Beatles composaient dans un état second, que les mélodies leur tombaient dessus comme par magie.
Ce qu’on ne raconte pas, ce sont les heures de répétition quotidienne derrière chaque chanson. Le travail invisible qui précède les éclairs.
Stephen King, dans Écriture — Mémoires d’un métier, le dit sans détour : il écrit tous les jours, y compris le jour de Noël et le jour de son anniversaire. Pas parce qu’il est inspiré tous les jours. Parce que l’écriture est son travail — et que le travail, on doit s’y tenir.
Ce n’est pas glamour mais pourtant tellement vrai.
Parce que ça veut dire que vous n’avez pas besoin d’attendre. Vous n’avez pas besoin d’être dans un état particulier, d’avoir une idée fulgurante ou une journée parfaite devant vous. Vous avez juste besoin de vous asseoir et d’écrire — même mal, même peu, même sans savoir où vous allez.
L’inspiration, j’en suis convaincue, ne précède pas l’écriture. Elle la suit.
Le jour où j’ai arrêté d’attendre
Pendant longtemps, j’ai cru que le problème venait de moi.
Que je n’étais pas assez disciplinée, pas assez talentueuse. Que les vrais auteurs, eux, savaient comment faire — qu’ils avaient un secret que je n’avais pas encore trouvé.
Et puis j’ai suivi une formation sur l’écriture : pas une révélation en mode baguette magique — juste du travail.
J’ai alors très vite compris que l’écriture ne fonctionne pas à l’inspiration mais qu’elle fonctionne à la régularité, que le cerveau s’entretient comme n’importe quel autre muscle en le faisant travailler, même quand on n’en a pas envie.
Ça a l’air évident, dit comme ça.
Ça ne l’était pas pour moi avant cette formation.
Ce que ça a changé, ce n’est pas ma façon d’écrire mais mon assiduité à écrire au quotidien.
J’ai arrêté d’attendre d’être dans le bon état, arrêté de négocier avec moi-même — « aujourd’hui je n’ai pas la tête à ça, je le ferai demain. »
J’ai commencé à organiser mes créneaux d’écriture comme des rendez-vous. Des rendez-vous avec moi-même, avec mes personnages, avec mes histoires.
Les premiers jours, c’était plus que laborieux. J’ouvrais mon document sans feeling particulier et j’écrivais des choses médiocres.
Mais j’écrivais.

Et progressivement, quelque chose s’est mis en place. Pas l’inspiration — quelque chose de plus solide. Une habitude. Une présence à l’écriture que je n’avais jamais eue avant.
Ma routine d’écriture — à quoi elle ressemble vraiment
Alors, à quoi elle ressemble, cette fameuse routine ?
Je vais vous décevoir car elle n’a rien de spectaculaire.
Pas de lever systématique à 5h du matin dans une lumière dorée et des feuilles d’un blanc immaculé.

Pas de playlist soigneusement composée, pas de rituel élaboré en dix étapes.
Ma routine, c’est celle-là : je m’assieds, j’ouvre un fichier sur mon ordi et j’écris.
J’ai seulement mon mug de café, ma plante verte et mon améthyste près de moi.
Ce qui change, c’est que je le fais tous les jours — ou presque. À heure fixe quand c’est possible, en m’adaptant quand ce ne l’est pas. Vingt minutes certains jours, deux heures ou plus pour d’autres sans me juger sur la quantité produite.
Le rituel d’entrée, j’en ai un quand même — simple : je relis les deux ou trois derniers paragraphes écrits la veille. Ça me remet dans le bain sans effort, sans avoir à retrouver le fil depuis le début. Et puis j’écris, même si c’est décousu, même si je sais que je vais devoir tout reformuler plus tard.
Parce que c’est ça, le premier jet : un brouillon, pas un chef-d’œuvre. Sa fonction, c’est d’exister — pas d’être parfait.
Il y a des jours où ça coule et des jours où chaque phrase est une négociation avec moi-même. Dans ces moments-là, je ne force pas sur la qualité — je force sur la présence. Je reste assise et j’écris quelque chose, même une phrase nulle, même des notes. L’important, c’est de ne pas rompre avec le rendez-vous.
Ce que j’ai appris avec le temps : ce n’est pas l’envie qui précède l’écriture. C’est l’écriture qui finit par faire venir l’envie.
Ce que la régularité m’a vraiment apporté
On pourrait croire que la routine d’écriture, c’est une question de productivité, de mots comptés, de chapitres bouclés, de manuscrit qui avance.
C’est vrai. Mais ce n’est pas le plus important.
Ce que la régularité m’a appris, c’est d’abord une chose toute simple : je suis capable.
Capable d’écrire sans attendre les conditions parfaites.
Capable de produire quelque chose de valable même un mardi matin gris où j’aurais préféré rester sous la couette.

Avant, je doutais de moi. Est-ce que j’avais vraiment quelque chose à dire ? Est-ce que j’étais légitime ? Ces questions ne disparaissent jamais complètement car elles font partie du lot. Mais elles ont moins de prise.
Parce que chaque jour où je m’assieds et écris, je me prouve à moi-même que je suis auteure. Pas parce que j’ai publié, pas parce que quelqu’un me l’a dit, mais simplement parce que j’écris.
La régularité construit quelque chose d’invisible mais d’essentiel : une identité.
En écrivant tous les jours, j’ai appris à me faire confiance. À faire confiance au processus, à cette idée que même les mauvais jours servent à quelque chose. Que lorsque j’écris deux paragraphes médiocres, je prépare en fait le terrain pour le jour où une scène arrive toute seule, fluide et juste.
L’écriture régulière, ce n’est pas uniquement une contrainte qu’on s’impose. C’est une conversation qu’on entretient, avec ses histoires, ses personnages et avec la part de soi qui a des choses à raconter.
Et cette conversation, plus on la nourrit, plus elle devient naturelle.
Alors, par où commencer ?
Si vous attendez le bon moment pour commencer à écrire régulièrement, je vais vous dire quelque chose : il n’arrivera pas.
Le bon moment, c’est maintenant. Avec le temps que vous avez — vingt minutes, une heure, peu importe. Avec l’histoire que vous portez, même si elle n’est pas encore tout à fait claire, avec l’envie que vous avez, même si elle est timide.
Vous n’avez pas besoin d’une routine parfaite dès le départ. Vous avez besoin d’une routine qui existe.
Commencez petit : un créneau fixe dans la semaine, deux si vous pouvez. Relisez les dernières lignes écrites avant de repartir. Écrivez même quand ce n’est pas bon, surtout quand ce n’est pas bon.
Et observez ce qui se passe.

Pas sur une semaine ou un mois. En trois mois minimum car le changement est lent, presque imperceptible. Et puis un jour vous réalisez que vous n’attendez plus l’inspiration, que vous vous asseyez et que vous écrivez, que c’est devenu naturel.
C’est là que tout commence vraiment.

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« Un auteur qui attend les conditions idéales pour travailler ne fera pas grand-chose. »
— E.B. White







